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9 janvier 2019

Une leçon d’espoir écrite à la sueur de l’effort

La NASA pour encourager les sciences

Par Simon Dominé. Voilà 10 ans, la physique-chimie ne faisait pas rêver beaucoup d’élèves de secondaire 5 à l’école Polyvalente Saint-Joseph de Mont-Laurier. Aujourd’hui, le nombre d’inscrits a plus que doublé et le taux de réussite est excellent.

Le voyage à Orlando couronne une année d’efforts et de sacrifices pour les élèves de secondaire 5 qui ont eu la courage d’affronter la «bête noire» de la physique et de la chimie.
Le voyage à Orlando couronne une année d’efforts et de sacrifices pour les élèves de secondaire 5 qui ont eu la courage d’affronter la «bête noire» de la physique et de la chimie.
© Photo gracieuseté

Alors qu’en 2008-2009 un peu plus de 50 jeunes choisissaient la physique et la chimie à la polyvalente, ce chiffre avait plus que doublé en 2016-2017. Enseignant à la polyvalente depuis 25 ans, Sylvain Leduc s’en réjouit. « Cette année, il y a 120 jeunes qui sont inscrits en physique-chimie, c’est-à-dire 60% de tous les élèves de secondaire 5 de la polyvalente. C’est un succès phénoménal et même provincial parce qu’à toutes les fois où je vais dans un colloque de sciences, on est l’école du Bon Dieu pour les sciences. Tout le monde vient nous voir pour dire “comment vous avez fait”? »

Le professeur croit savoir pourquoi les élèves ont finalement apprivoisé la physique et la chimie, qu’il dépeint comme leur «bête noire». Il raconte comment les enseignants de science se sont creusés les méninges pour parvenir à trouver la solution au problème: « Les jeunes trouvaient ça difficile. Ils aimaient mieux prendre des cours d’art plastique, d’éducation physique. On s’est dit: “qu’est-ce qu’on peut faire pour intéresser les jeunes à faire des sciences”? Je réfléchis un peu à ça pendant l’été et j’arrive au début de l’année; je dis à mes collègues: “on va aller à la NASA”. »

Cap sur Orlando

Chaque année depuis cette date, les élèves qui réussissent à passer à travers leur physique et leur chimie embarquent pour un voyage de huit jours à Orlando, aux États-Unis, afin de visiter non seulement la NASA, mais aussi Disney’s Animal Kingdom, Epcot Center et Disney’s Hollywood Studios. 

« On est en 2018, martèle le professeur de sciences. Les jeunes veulent découvrir, ils veulent du wow. On s’est dit: “ça, ça va être wow”. Au début, on s’est concentrés beaucoup sur le voyage comme étant la panacée, mais le but de tout ça dans le fond, c’est la réussite scolaire. Le seul but du projet, c’est d’amener des jeunes à finir leur secondaire 5 avec de la chimie et de la physique. »

Pour le dixième anniversaire du projet, M. Leduc et ses collègues affrèteront deux autobus pleins à craquer le 23 février prochain: 98 étudiants prendront place à bord et comme il manquait de place, sept autres élèves avec trois accompagnateurs les rejoindront en avion.

Vendre du pain? Pas question!

Le professeur Leduc se souvient de la façon dont ses collègues et lui ont dénoué le second problème: celui du financement. Dans une région rurale et socioéconomiquement défavorisée comme les Hautes-Laurentides, où plus d’un cinquième de la population vit sous la mesure de faible revenu (MFR), payer la facture du voyage n’est pas toujours évident. Elle s’élève à 1050$ par élève.

Lui-même père de trois enfants, M. Leduc a connu les campagnes de financement où les élèves doivent vendre du pain et du chocolat. « Je détestais ça pour mourir!, témoigne-t-il. Qui est-ce qui vendait le chocolat et le pain? C’était moi, parce qu’on restait en campagne. Ce qui arrivait, c’est que je payais, je mettais le pain au congélateur et je mangeais le chocolat. »

Pour éviter d’imposer cela aux parents, l’homme a proposé aux entrepreneurs de retenir les services de ses étudiants pour une période de 50 heures, en échange de 650$. Le 400$ restant demeure à la charge de l’élève. « La beauté de ça, c’est que quand ils ont fait leurs 50 heures, souvent ils restent dans l’entreprise », souligne M. Leduc.

Comme les meilleurs

Pour l’enseignant, la preuve est faite: « On se compare aux meilleures écoles privées et on est dans un milieu défavorisé ». Il n’est d’ailleurs pas peu fier d’annoncer que la cohorte actuelle est majoritairement composée de garçons, réputés plus enclins à décrocher que les filles. « On ne veut pas en faire des physiciens ou des chimistes, mais leur faire découvrir qu’ils sont bons à l’école », ajoute Sylvain Leduc.

Ses collègues et lui ont déjà présenté leur projet au ministre de l’Éducation le 13 juin 2016, mais pour le 10e anniversaire du voyage à Orlando, ils comptent bien obtenir un nouveau rendez-vous avec Jean-François Roberge, qui a pris le relais après la victoire aux dernières élections de la Coalition Avenir Québec (CAQ). Et si ce projet pouvait inspirer d’autres écoles du réseau public d’éducation?

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