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6 août 2019

24 jours sur la grand-route

À 72 ans, il pédale seul de Rivière-Rouge à Gaspé

Le Riverougeois Austin Smith vient d’accomplir un grand défi: d’ici, il s’est rendu jusqu’à la Ville de Gaspé en vélo en roulant 24 jours sur la grande route 132. Il a 72 ans et se sent prêt à repartir n’importe quand.

Ronald Mc Gregor , journaliste

Un jour grisonnant va se lever? Qu’importe! Le Riverougeois de 72 ans, Austin Smith, se prépare pour une autre journée sur la route 132 vers Gaspé. Seul.
Un jour grisonnant va se lever? Qu’importe! Le Riverougeois de 72 ans, Austin Smith, se prépare pour une autre journée sur la route 132 vers Gaspé. Seul.
© Photo gracieuseté – Austin Smith

« C’est comme un défi que je me suis fait », confie-t-il au journal avant de prendre une gorgée de café dans un restaurant de Rivière-Rouge. M. Smith est né à Gaspé et il garde encore cet accent typique de la pointe gaspésienne. « J’ai vu Dave Morrissettequi a fait Compostelle et je me suis dit que j’allais faire le mien au Québec, d’ici à Gaspé, en vélo. Ça m’aura pris 24 jours ».

Austin Smith, selon ses calculs, a pédalé 1208 km du 9 juin au 4 juillet. Un approximatif, car malgré un odomètre à son guidon, il avoue ne pas avoir compris le fonctionnement de celui-ci. De Nominingue, sa fille lui indiquait les sites de camping sur sa route à la fin du jour via son téléphone. Parfois, c’était trop loin. Une solution sur-le-champ s’imposait. « J’ai couché sur des bancs de parc, prêt à partie au cas où la police me demanderait de partir, dans des fonds de stationnement et à une table d’un Tim Hortons la nuit quand il n’y a pas de clients ».

Le voyageur se levait dès l’aurore et mettait un terme à sa journée vers 16h. Comme tout le temps lui est permis, il s’est parfois arrêté à tel endroit pour une journée qu’il appréciait. Parti avec plus de 700$ en poche pour les dépenses d’hébergement et nourriture, il est revenu avec près de 300$. Il explique.

« J’ai compris pourquoi on dit que les gens là-bas sont généreux et accueillants: je n’ai pas eu à payer beaucoup de repas. Comme on me voyait seul à mon âge, me disant que j’étais courageux, on m’offrait le repas dans les cantines ».

Revoir de vieilles connaissances

Des souvenirs, il en a cultivé durant le périple. À un certain moment lorsqu’il a manqué d’eau, il a pris son courage pour aller cogner à une maison un peu isolée. « J’ai cogné et une femme a entrouvert la porte et j’ai vu qu’elle avait une carabine. "Que voulez-vous?" Je lui ai raconté ce que je faisais et que je manquais d’eau. Elle m’a invité à l’intérieur et m’a dit: "Vous savez, on ne sait jamais ce qui peut arriver." »

Des rencontres, il en a fait: des cyclistes qui faisaient le tour de la péninsule et avec qui il a partagé des kilomètres, mais aussi une rencontre inattendue qui sera gravée dans sa mémoire. Jeune à Gaspé, explique M. Smith, il y avait un couple de commerçants où il allait souvent pour des friandises et autres. Voilà qu’il a rencontré ceux-ci à Cap-des-Rosiers pendant une pause. Des souvenirs s’échangent et des photos sont prises. Le couple est nonagénaire.

Et si c'était à refaire?

Austin Smith rêvait de faire le trajet Rivière-Rouge - Gaspé, un aller seulement, c’est maintenant fait. Et si c’était à recommencer, il s’y prendrait autrement ?

Quiconque a pédalé du côté nord de la Gaspésie sait comment le trajet s’avère difficile à partir de Sainte-Anne-des-Monts ou encore Tourelle, même avant, dans les basses plaines de Kamouraska où le vent est toujours au rendez-vous. M. Smith a bien connu cela et le sentiment de petitesse quand on circule entre falaises et fleuve pendant une centaine de kilomètres. « Oui, ce fut un grand effort ces places-là, surtout sous la pluie », confie-t-il.

À savoir s’il a fait face au danger, il explique que l’accotement de la chaussée est assez bien entretenu et large sauf à quelques endroits où il n’y en avait pas du tout. L’idée d’un accident ne lui a pas effleuré l’esprit, avouant même sa surprise de voir les routiers ralentir à sa vue. Ce ne fut pas le cas pour les véhicules de type Winnebago. 

Austin n’avait pas tout prévu au quart de tour dans son voyage. Il aurait pu être mieux équipé. C’est en voyant ses photos de voyage qu’on lui demande pourquoi il a roulé 1200 km en jeans. Pourquoi une tente de toile avec des fuites d’eau ? Pourquoi ne pas s’être muni d’une gourde de type Camelback ? Ajoutons qu’il avait un vélo de marque Schwinn qu’il a modifié pour le voyage bien qu’un essieu a lâché juste avant Rimouski. Il a dû se servir de ruban à gommer gris et électrique pour se rendre là et acheté la pièce. Ses proches s’inquiétaient: allait-il se rendre sans incident ? Lui-même avoue qu’il s’est posé la question. 

Si c’était à refaire, par plaisir évidemment, on referait le voyage à l’identique? « Sans problème. J’avoue que je me suis demandé vers Québec si je serai capable de me rendre à Gaspé. Tout le monde me disait que non, que ça serait difficile à mon âge. J’ai mis six mois d’entraînement vous savez ? J’y tenais. En fin de compte, je suis peut-être arrivée là-bas à cause de mon orgueil ».

Quand il est arrivé à Gaspé, son frère n’en revenait pas. Après quelques jours de repos, il fallait revenir à Rivière-Rouge, mais pas en vélo: plutôt en autobus. Il en garde aussi un souvenir. « Ça m’a ennuyé comme pas possible. Ce fut plus long pour moi de revenir que de faire le voyage d’aller en vélo. Et je parle de 24 jours ».

Il caresse maintenant un voyage de vélo aux Îles-de-la-Madeleine ou peut-être encore en Gaspésie, mais sûrement pas seul. « C’est long quand même quand tu n’as pas personne avec qui partager durant la journée. Je souhaite trouver une personne de mon âge, aussi en forme que moi, qui n’a que du temps à mettre sur le voyage, qui ne dira pas à tout bout de champs quand je serai assis devant la mer: "OK, il faut y aller". Car à mon âge, chaque jour compte ».

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Ronald Mc Gregor , journaliste

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